Le cinéma, une industrie contrôlée par des hommes, Virginie Despentes.

Virginie Despentes : «Le cinéma est une industrie contrôlée par des hommes»

Virginie Despentes a dénoncé dans un texte la place accordée aux femmes au cinéma, dominé par les hommes.
 

L’écrivaine et réalisatrice française qualifie l’industrie cinématographique de fabrique du genre, dans un texte publié dans le cadre des Journées cinématographiques dionysiennes, qui se sont terminées mardi.

«Le cinéma est une industrie qui n’est pas interdite aux femmes. Mais c’est une industrie inventée, manipulée et contrôlée par des hommes.» Ainsi débute un long texte intitulé «La» femme et le grand écran, rédigé par Virginie Despentes et publié au sein du programme des 15es Journées cinématographiques dionysiennes, organisées par le cinéma L’Écran de Saint-Denis, qui s’est achevé mardi. La femme avait effectivement une place de choix dans la réflexion menée par l’événement, puisque l’édition 2015 se déroulait sous le thème «Femmes, femmes».

Dans ce document, l’écrivaine, réalisatrice et scénariste française prend la parole pour évoquer les différences entre hommes et femmes au cinéma. Au point d’évoquer que ce sont «les hommes qui font le cinéma»: Virginie Despentes rappelle ainsi le «genre des producteurs de films grand public, des responsables du financement cinéma dans les chaînes télé, des directeurs des grands réseaux de distribution, des directeurs des grands festivals de cinéma, des programmateurs de salle, des critiques cinéma ou des réalisateurs primés dans les grandes compétitions». La liste est longue.

De quoi laisser entendre, selon la réalisatrice de Baise-moi, que le cinéma est une «fabrique du genre – les qualités qui paraissent à certains miraculeusement naturellement / essentiellement féminines ou masculines nous ont toutes été inculquées par le septième art». Sans oublier d’illustrer son propos. «Le cinéma est rempli de petites choses, des détails, qui vont tous dans le même sens – cherchez une femme dans les films qui lise un journal… bonne chance! [...] Si une femme est en train de faire le ménage chez elle, c’est juste que le scénariste ne savait pas trop quoi lui faire faire pour l’occuper, si un homme nettoie quelque chose chez lui, vous pouvez être sûr que la scène a un sens précis.» Et de conclure: «Les femmes dans le cinéma, c’est cette accumulation de plans qui entrent dans nos têtes et nous forgent une identité.»

Dans ce sens, Virginie Despentes dénonce aussi les scènes avec des femmes nues, tournées sans raison apparente: «Le sexe frontal, désormais, on évite – mais la nudité de la femme, on s’est arrangé pour la conserver». La réalisatrice évoque ainsi le nombre de fois où le spectateur voit «une femme enfiler une petite culotte, dans un film», alors que «l’équivalent masculin d’enfiler une petite culotte, c’est sortir une arme, ou mettre un coup-de-poing», scène pourtant très rarement rencontrée dans la vie réelle.

Affiche des 15es Journées cinématographiques dionysiennes
 

Outre les représentations à l’écran, Virginie Despentes se désole du milieu très masculin du septième art. Où il existe certes un cinquième de films réalisés par des femmes en France, mais dont le projet est validé in fine par des hommes. D’où des «femmes [qui] réalisent plutôt des films à petits budgets», très peu représentés dans les festivals. «On aimerait bien voir Claire Denis à la tête d’un magot pour faire un film de gangsters, Céline Sciamma faire un grand film historique, ouPascale Ferran adapter un roman picaresque…», fantasme-t-elle, en rêvant que les femmes puissent aussi faire «de grands chefs-d’oeuvre qui comptent».

Au final, l’auteur d’Apocalypse Bébé mentionne le test Beschdel qui consiste en trois critères simples: 1) il y a deux personnages féminins dans le film ; 2) qui parlent entre elles ; 3) d’autre chose que d’un homme. Or la plupart des films y échouent. Un test significatif du «message que les hommes de pouvoir du septième art pensent qu’il est important de faire passer sur la féminité»: «les femmes entre elles, ce n’est pas intéressant», «les femmes ne valent la peine d’être représentées que dans leur rapport aux hommes». À tel point que les scénaristes intègrent insconsciemment que «la femme reste un adjectif qualificatif dans une phrase où l’homme joue le verbe».

L’intégralité du texte est disponible ici.

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